Chambres précaires

projet, bourse de la ville de Paris 1996

L’hiver dernier a été très rude, et, au hasard d’une information brève du journal télévisé : « Il ne semble pas nécessaire pour l’instant d’ouvrir la station St Martin » ; on aura aperçu un instant très bref, l’image d’un quai de métro aménagé ; une série de box, chacun délimités par un rideau.
Cette image entrevue était tenace, et je n’ai pu l’oublier. Soudain, elle rendait concrète, une série d’informations sur les sans - abris qui, privées de représentation, n’avaient jamais eu sur moi un impact d’une telle force.
Cette image télévisuelle forçait mon imagination. J’ai voulu savoir si il existait d’autres lieux.
J’ai vu la péniche de l’Armée du Salut. Il y avait aussi la cité refuge, rue Cantagrel. J’ai su qu’il y avait rue de la Poterne des Peupliers, un hébergement de la ville de Paris. Des hôtels payés par des associations à la nuit ;
que le hangar mythique de Emmaüs Quai de la gare allait être démoli.
Autant de chambres précaires, lieux de refuge, lieux difficilement imaginables par ceux qui ne les fréquenteront probablement jamais.
Autant de lieux dont je voulais que l’image montrée dise avec force et pudeur, quelque chose de la vie de ceux qui n’ont plus de domicile, et quelque chose de ceux qui ont décidé d’user d’imagination pour parer au plus urgent, jours après jours, afin qu’il existe pour les plus démunis, des abris contre le froid.



Jacqueline Salmon, mai 1996.