Jean-Jacques Lerrant

Le chantier de Jacqueline Salmon

in : Le grenier d'abondance, ministère de la culture, lyon 1993

chantier où ce qui fut vécu
sourd des profondeurs,
suggéré par défaut.
Le Grenier d'abondance !
La dénomination est
provocatrice. Jacqueline
Salmon a fait moisson dans
ce grenier de façades aux
fenêtres obscures, de
voûtes, d'arcades, de
charpentes, de rampes de
fer forgé, d'éboulis, de
terre meuble, de sols
souillés, de plaies ouvertes
dans les murs, de pierre
cicatricielle, d'ornements
de rhétorique
architecturale.
L'imagination au travail,
elle a ensemencé son état
de lieux de pouvoir
symboliques qu'accrédite la
justesse de son regard. Son
chantier taciturne irradie
de virtualités créatrices.
Ce bâtiment du XVIIIe siècle
où l'on entreposait les
subsistances de l'armée, où,
plus tard, les gendarmes
tinrent garnison, retrouve
sous une autre forme sa
vocation première en étant
consacré à la culture :
Cérès y nourrira les muses,
plus nombreuses
qu'autrefois, les antiques et
les modernes.
Mais avant cette
conclusion mythologique et
prospective, il fallait
l'objectif sensible de
Jacqueline Salmon pour
découvrir, dans l'état
provisoire d'un chantier où
l'on déshabillait deux
siècles d'histoire, les signes
d'une prédestination.

Jean-Jacques Lerrant